Bon, brut ou pesant
Opinions

Le bon, le brut et le pesant

Dans un grand nombre de lectures que l’on peut faire en ligne, il y a les textes eux-mêmes et, très souvent, les réactions des lecteurs : dans tout cela, il y a du (très) bon (1), du brut (2) et du « pesant » (3), pour ne pas dire parfois « puant ».

(1) Je vais commencer par évoquer le troisième, « le pesant ». Oui, il me pèse, il est constitué, au-delà des articles, de ces réactions de lecteurs, agressives, souvent violentes, qui tiennent du règlement de comptes ou d’un exutoire et en rien d’une discussion. Telle qu’on que l’on peut l’imaginer ou que l’on pouvait la vivre à l’époque médiévale sous le nom de disputatio. Je me demande souvent si les protagonistes auraient les mêmes réactions dans un face à face : je ne veux pas le croire et, si c’était le cas, je les plaindrais plus encore que je ne le fais déjà. Les internautes gagneraient toujours à appliquer un principe tel que : « n’écris que ce tu pourrais dire dans un face à face« .

(2) Que faut-il entendre par « le brut » ? Je ne parle pas des soutiens ou approbations rapides, tels les fameux émojis, qui pour beaucoup d’entre eux jouent un rôle bienveillant, voire positif. Ce sont plutôt tous les commentaires qui sont proposés sans agressivité certes, mais qui ne procèdent pas d’une vraie prise en compte et réflexion sur la ou les questions posées. Certains sont même hors-sujet ! Ils sont alors vite lus et aussi vite oubliés.

(3) Et il y a « le bon », voire « le très bon ». Dans « le bon », au risque de paraître un peu simplet, je note certains billets qui sont des historiettes à connotation souvent morale, peut-être fruits de l’intelligence artificielle : je les aime car elles contribuent à créer une atmosphère légère et bienveillante en ligne. Mais j’en viens au « très bon », que je trouve plutôt rare, tout en étant bien conscient du caractère restreint de mes centres d’intérêt. L’internet est immense, infiniment plus grand que cette fameuse toile dont les médias nous ont récemment parlé et qui compterait plus de 100.000 araignées !

Ce « très bon » est fait de billets plus ou moins longs qui, à distance de leur objet (la question) comme de leurs sujets (les lecteurs), forcent à la réflexion et enrichissent ceux qui les lisent. Pour ma part, compte tenu des restrictions que je viens d’évoquer, je pense à Charles Vaugirard, Jean-Pierre Denis (qui a lancé récemment un excellent Théopolitique), Henrik Lindell, André Markowicz, et quelques autres. La liste est incomplète mais pas tant que ça : je n’ai ni l’envie ni le temps de m’engluer dans la toile ! Est-ce un hasard ? Je ne le crois pas : tous sont aussi les auteurs de livres de plusieurs sortes, dont l’auteur que je suis moi-même sait combien la rédaction exige de prudence, de discernement et de temps.

En y réfléchissant, je me dis que la matière que l’on peut trouver en ligne est à l’image de celle qui nous est proposée dans la vie courante, très mélangée, faite de bon, de brut, de pesant. Et où le bon est rarement de l’ordre de l’immédiat : il est le fruit d’un discernement qui s’exerce au fil du temps.

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