Mon frère ou mon père ?
Combien de fois l’ai-je entendue cette question : « doit-on vous appeler mon frère ou mon père ? » En fait, l’appellation m’importe peu en tant que telle, mais elle est intéressante pour ce qu’elle révèle. Ceux qui la posent sont en général favorables à l’appellation « mon père », surtout si celui auquel ils s’adressent est prêtre. Et pourtant, dans notre communauté dominicaine, comme dans d’autres ordres religieux, la bonne réponse est « mon frère ». Et cela n’a rien à voir avec la recommandation évangélique de n’appeler Père personne d’autre que Dieu lui-même : cf. Matthieu 23,9.
D’après ce que l’on en sait, saint Dominique n’a jamais voulu être autre que « frère Dominique ». Ce n’était pas une question d’humilité, de paternité ou quoi que ce soit d’autre, mais parce qu’il voulait mettre au premier plan de l’Ordre des Prêcheurs qu’il fondait l’appel à la fraternité. Dès les débuts de l’Ordre, on n’entre donc pas dans cette belle « religion » (selon l’appellation de l’époque) pour y devenir prêtre, mais pour vivre la vie fraternelle (prière, étude, pauvreté mendiante). Et tous n’y sont d’ailleurs pas prêtres, même si la grande majorité le sont : c’est d’ailleurs pourquoi l’on parle de la « religion dominicaine » comme d’une religion « cléricale ».
Ce choix de privilégier la dimension fraternelle est rendu possible par l’existence d’une communauté. Les prêtres séculiers en ont aussi une autour d’eux, à savoir celle que forment ou devraient former leurs paroissiens. Mais il est clair que la communauté paroissiale n’a pas la même consistance, ni le même rapport avec le « supérieur »/curé que celui qu’ont les frères dominicains avec leur prieur, que celui-ci soit local ou provincial.
Ce choix de privilégier la dimension fraternelle a aussi pour effet de valoriser la dimension horizontale dans les relations, mais aussi dans le fonctionnement de la communauté. Laquelle constitue un couvent (conventus, rassemblement) et non un monastère. En outre, dans la « religion dominicaine », les supérieurs sont élus à tous les niveaux par ceux dont ils auront la charge. Et cette élection est toujours prévue pour une durée limitée, à l’issue de laquelle le supérieur « reprendra place dans le rang ».
Voilà, et je signe : frère Hervé Ponsot o.p. (i.e. Ordre des Prêcheurs)
P. S. Je me dois de confesser, pour en avoir exercé les charges, que l’on continue pourtant de parler d’un « Père Maître », des novices ou des étudiants !



3 commentaires
DULOT Jean-Louis
Merci frère Hervé sur cette mis au point concernant l’appellation « frère » en usage dans l’Ordre des Prêcheurs. Je suis également touché par le choix de la photo qui illustre l’article ! 😉
Jean-Louis
Florian MANTIONE
Finalement, on appelle les Dominicains des « frères » comme les francs-maçons !!!
Car les francs-maçons sont les « fils de la veuve » et donc, forcément, ils sont frères !
ponsot
Non, je t’ai toujours entendu appeler les francs-maçons des « frangins » ! Ah ! Ah ! Ah ! Ce qu’on ne dit jamais des frères dominicains.