En Israël et à Gaza
Actualité,  Opinions

Ce qu’Israël a perdu avec la guerre à Gaza

Une fois de plus, mon commentateur préféré sur tout ce qui se passe à Gaza et autour, je veux parler d’André Markowicz, trouve les mots les plus justes et les plus douloureux pour évoquer tout ce qu’a perdu Israël dans ce qui s’est passé et se passe encore à Gaza. Moins par la faute de son peuple, que par celle de ses dirigeants. Et comme je l’ai déjà écrit ailleurs, la même chose pourrait être dite, de manière assez symétrique, des Palestiniens avec les dirigeants du Hamas. Sauf que ceux-ci ne peuvent pas se prévaloir d’un équivalent de la Shoah. Voici un extrait du billet d’André Markowicz en date du 7 octobre ; pour en lire la totalité, voir sa page Facebook.

« Que dire de ces trois ans, et, aujourd’hui, de cette espèce, nous dit-on, de paix qu’instaurerait le plan de Trump, – sinon ça, cette espèce de profonde amertume devant l’étendue du désastre ? Quand nous ne savons même pas encore si, réellement, les otages vont être libérés (trois ans de tortures subies), mais toutes ces ruines, tellement, mais tellement de morts, que dire sinon, une fois encore, mesurer l’immensité de la défaite ?

La défaite d’Israël, d’abord, – qui est même une défaite militaire, puisqu’après trois ans, l’armée la plus sophistiquée du monde n’est pas parvenue à éradiquer le Hamas, et que le Hamas, que Trump le veuille ou non, – et clairement, il ne le veut pas – est, de fait, au centre de cet accord, puisque, de fait, – et comment pourrait-il en être autrement ? – c’est à lui qu’on demande de se retirer du pouvoir sur Gaza, alors que l’armée d’Israël se retirerait, censément, sans occuper l’entièreté du territoire ? Et est-ce que cette « paix trumpienne » réglera quoi que ce soit des problèmes de fond ? Gaza, supposément libérée du Hamas (qui, donc, ferait preuve de »bonne volonté » – on dirait un vocabulaire poutinien), existera-t-elle en tant que territoire vivable pour les gens qui y vivent ? Pour l’instant, dans les vingt points du programme de Trump, je ne l’ai pas compris.

Israël renonce, théoriquement, au déplacement de toute la population arabe, – ce point est spécifié, – mais que se passera-t-il pour la reconstruction ?… A-t-on renoncé à Gaza-Plage ou au centre d’affaires international qui ferait concurrence à Dubaï ? – Je ne l’ai pas compris.

*

L’essentiel, pour moi, est ailleurs. Il est dans l’isolement total, absolu, et, j’allais dire, définitif, d’Israel, – dans la haine que lui porte l’immense majorité de la population mondiale, – et pas du tout, et de très loin, seulement dans le monde musulman. Ce qu’Israël a perdu avec cette guerre, ce sont ses dernières ombres d’excuses, ou ne pas dire de justification. Les survivants du Génocide sont morts, de vieillesse (et je ne vais pas parler ici de la façon dont, en Israël même, beaucoup ont été traités, et ont vécu dans la misère), et, pour les générations suivantes, le Génocide est juste devenu un événement historique : plus du tout une interrogation morale, et, oui, alors que, bien avant le 7 octobre, le racisme ne faisait que monter dans la population israélienne (ce que montraient les victoires du Likoud, et, à l’intérieur du Likoud, des fractions les plus extrêmes). Le 7 octobre a fait sauter tous les barrages, et, réellement, on peut le dire, c’est le racisme – la haine de ces « animaux » que sont censés être les Arabes – qui est la force dominante de la société israélienne, c’est-à-dire que le 7 octobre a fait jaillir les monstres, – et le but était bien celui-là : ce que le Hamas a fait avec le 7 octobre, c’est de créer en Israël un mouvement fraternel envers lui, dans la majorité de la population. Oui, un mouvement fraternel, parce que la haine des fanatiques entre eux est l’essence même de leur vie, les haines ont besoin les unes des autres pour prospérer. Et, même aujourd’hui, alors que la plupart de ses cadres ont été tués, le Hamas prospère, et il prospère encore plus qu’avant. Il prospère à cause de la haine qu’Israël inspire dans l’ensemble du monde, comme je l’ai dit, une haine qui gangrène l’ensemble des sociétés, en tout cas, occidentales.

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J’appelle « le nouveau monde » ce monde dans lequel il ne reste plus rien du tout, pas même dans les mots, de l’héritage de la victoire de 1945. Un monde dans lequel le seul argument est la force, c’est-à-dire un monde qui est revenu au monde le plus ancien possible. L’an I de ce « nouveau monde », donc, c’était 2022, avec l’agression poutinienne. L’an II, c’est 2023, avec le massacre perpétré par le Hamas, massacre qui ouvre ce que nous voyons aujourd’hui.

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Une dernière chose : la dernière étape de la fin morale d’Israël. Le plan Trump mentionne le fait que le Hamas va obtenir la libération de 1700 prisonniers politiques (pardon si le chiffre n’est pas exact), dont « toutes les femmes et les enfants ». Et les enfants… Ce mot, à lui seul, scelle la victoire du Hamas. Oui, Israël, officiellement, d’une façon reconnue par ses alliés, par Trump lui-même, incarcère des enfants – pas dans des structures spécialisées dans la délinquance des mineurs. Non, dans des prisons communes.

Dans ces prisons, tous les témoignages – tous, sans exception aucune, hélas, – le confirment, les tortures sont systématiques, – je n’arrête pas de recevoir des témoignages sur ces tortures… – et que les salopards qui me répondront que le Hamas torture aussi se taisent, parce que si nous faisons ce que font nos ennemis, c’est que nous sommes devenus comme eux. L’une d’entre de ces tortures consiste à faire résonner l’hymne israélien, sans arrêt, jour et nuit, dans des lieux où la lumière est toujours allumée, à plein régime, de façon à rendre les gens complètement fous. Cette torture, exactement la même, est systématique également en Russie et dans les zones controlées par les Russes. Elle existait aussi à Guantanamo.

C’est ça qu’a donné le sionisme. L’histoire bi-millénaire de l’espérance, de ce « l’année prochaine à Jérusalem », qui se disait d’année en année, et qui a permis ce miracle, – la survie d’une foi, d’une pensée (et quelle richesse, et quelle diversité, celle de la pensée juive à travers les siècles), et ce courage, invraisemblable, de ces générations persécutées pendant, oui, deux mille ans, pour arriver à ça : Jérusalem qui a détruit le rêve de Jérusalem.

Être témoin de ça. Se consumer de honte. »

Rien à ajouter à ce terrible constat !

5 commentaires

  • Vandame

    Merci Frere Hervé pour ton apostolat, admirable même si je suis trés ému par ton sens de l’équité !
    Mon épouse:
    *issue de notre trés cher campus de Jouy en Josas, m’a donné 2 superbes filles juives, (on n’est sur que de la mere !)

  • Vandame

    Désolé pour cette coupure « informatique oblige » ….mon épouse et mes deux filles adorées devraient etre choquées par le fond de ton propos, car la Shoa n’est toujours pas digérée dans notre famille judéo-chrétienne!
    Ton propos semble ignorer que l’ensemble du monde occidental, toujours proche du groupe terroriste hamas en esprit est le fruit d’un monde Judéo-Chrétien reconnu par cette même population ?

    Pour compléter ton exposé, je te recomande, si ce n’est deja fait, la lecture de ce livre d’un journaliste Brésilien :
     » L’Islam, suicide de l’Occident »

    Sauf erreur de ma part, Tu n’avais pas cette optique lors de notre visite associative des HEC Alumni à Jerusalem il y a quelques années !

    Merci Frere Hervé d’essayer de panser cette petite blessure – j’espere passagere – suscitée par ton article ci dessus;

    Bien à toi

  • ponsot

    Cher Patrice,
    Désolé pour la peine que cet article te donne, mais je le soutiens. Il n’est pas de moi, certes, mais d’un poète traducteur, de tradition juive, mieux placé que moi pour dire des choses qui plaisent ou ne plaisent pas. Je ne suis pas juif, mais je reste, tout comme André Markowicz, profondément attaché à la tradition et au monde juif. Et bien sûr, révolté par ce qui s’est passé un 7 octobre.
    « Nos » réactions ne sont donc pas celles d’opposants ou d’indifférents. Ce sont celles de personnes très bienveillantes à l’égard d’Israël, et aussi peinées que tu peux l’être, mais dans un autre sens, de la réaction à l’évidence disproportionnée des autorités israéliennes. Non, je ne pense pas que la Shoah puisse tout expliquer, moins encore excuser.
    En écrivant cela, je suis tout à fait conscient que la réponse à l’agression du 7 octobre ne pouvait trouver de réponse « facile ».
    Pour le dire en une phrase, et sans trop m’étendre, Israël, celui d’aujourd’hui, pas celui des Pères, ne me fait plus rêver. Moins par la faute d’Israël dans son ensemble que par celle de ses dirigeants actuels. Et la perte douloureuse de ce rêve, dans notre Occident, explique à mon avis pour une part qu’un Islam conquérant, et souvent violent, prenne maintenant tant de place ! Et prétende se justifier.
    Bien à toi.

  • patrice vandame

    Cher Hervé

    Nous sommes en démocratie …… pas modèle, c’est évident; toutle monde a le droit de s’exprimer;

    Israel a fait le boulot que le monde entier n’ose pas faire, électoralisme obligeant !!!

    Israel, avec ses 90 prix Nobel, continue à faire réver dans tous les domaines … malgré tout;

    Israel, depuis plus de 3000 ans suscite la jalousie, donc la méchanceté voire la cruauté des sauvages qui n’ont toujours pas réussi à faire disparaitre;

    Nous sommes TOUS, freres , cousins ou autres, issus de ce monde Judéo-Chrétien qui fait réver donc jalouser les « autres »

    « Aime ton prochain comme toi même » ne sera jamais approché, voire copié par « les tueurs des non croyants »

    En conclusion : suis étonné, cher Hervé, de voir censuré mon commentaire ?

    Bien amicalement

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