La fragilité assumée
Lectures : Exode 32,15-24.30-34 ; Matthieu 13, 31-35
Les deux lectures qui furent celles proposées pour l’eucharistie du lundi 21 juillet sont l’écho d’un même thème dont le nom n’est pourtant pas prononcé, celui de « fragilité ». La première lecture manifeste la fragilité de la foi et des engagements du peuple, et l’évangile la fragilité initiale de toute foi, car « grosse comme un grain de sénevé ». Et il existe bien sûr d’autres fragilités, qui ne sont pas prises en compte par nos lectures, telles celles que génèrent la maladie, le handicap, le vieillissement etc. Sans oublier celle que génère le péché et qui est largement occultée.
En ces temps où l’on prétend accompagner les gens à mourir par une loi, la fragilité n’a pas bonne presse dans notre monde. On y rêve de gens parfaits, et l’on n’a que faire des « imparfaits » que l’on souhaite éliminer. Surtout si leurs imperfections coûtent cher à la société !
Jésus n’a pas dédaigné la perfection. En Matthieu 5,48, il demande à ses disciples : « Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait« . A la suite et dans la ligne du « Soyez saints car moi le Seigneur votre Dieu, je suis saint » (Lévitique 19,2). Mais la perfection ainsi demandée n’a rien à voir avec une quelconque intégrité physique ou une supériorité intellectuelle, elle se situe à un autre niveau, personnel, elle est une vie à l’écart du péché.
Le péché est une fragilité consubstantielle à tout être humain dès sa naissance (Romains 5). Bien sûr, comme le rappelle Jésus dans la guérison de l’aveugle-né en saint Jean chapitre 9, le péché n’est pas la cause de l’aveuglement physique. Interprétation courante à son époque, En revanche, le péché accompagne et favorise l’aveuglement spirituel.
Le Verbe de Dieu jouissait de la perfection tant qu’il était auprès du Père. A l’occasion et à la suite de son incarnation, en prenant notre « chair de péché » sans prendre le péché lui-même (cf. Hébreux 4,15), Jésus a accueilli la fragilité humaine. Qu’il a assumée jusqu’au bout, jusque dans la mort.
Désormais, cette fragilité humaine sous toutes ces formes devient le lieu privilégié et paradoxal de la force de Dieu, de sa présence, et du développement de cette présence. La fragilité humaine n’a donc pas à être cachée et moins encore supprimée, mais assumée, par-delà la difficulté évidente, voire crucifiante de son acceptation. Comme un lieu de croissance spirituelle pour tout être humain et son entourage.


