La justice divine surprenante de la parabole des talents
La parabole des talents (Matthieu 25,14-30), qui a un quasi parallèle sous le nom de parabole des mines (Luc 19,11-24), ne cesse de surprendre les lecteurs. D’ailleurs, mon ami Florian Mantione s’en est fait l’écho dans notre livre écrit en commun, Le management selon Jésus (Paris, Cerf).
Je rappelle très brièvement que cette parabole évoque le départ en voyage d’un maître qui confie sa fortune à trois serviteurs. Le premier reçoit cinq talents, le deuxième deux talents, le troisième un talent (un talent de l’époque devait représenter environ 45 Kg d’or). A son retour, le maître félicite le premier qui lui remet cinq talents en plus de ceux déjà possédés, comme le deuxième qui lui remet deux talents en plus de ceux déjà possédés. Le troisième serviteur se contente de rapporter le talent initial, et se voit rejeté par son maître.
Comment en effet ne pas s’étonner avec lui du rejet du serviteur le plus mal loti avec un seul talent surtout, comme le note bien Florian, qu’aucun contrat n’avait été précisé ? En rapportant le talent qui lui avait été confié, n’a-t-il pas répondu à l’attente de son maître ?
Dans notre livre, où je tiens le rôle de Jésus, pardonnez moi l’outrance, je fais remarquer que ce serviteur nourrit d’emblée des sentiments de défiance à l’égard de son maître. Mais en relisant cette parabole ces jours-ci, j’ai noté un point très souvent oublié par les commentateurs et par moi-même, qui figure au début de la parabole : « A chacun selon ses capacités » (Matthieu 25,15). A la lumière de cette notation initiale, la parabole peut se lire d’une manière assez différente.
Le voyage du maître correspond à son absence physique dès la naissance et pendant la vie de chaque être humain. Mais chacun n’en est pas moins doté de talents, différents bien sûr parce que l’égalité n’est pas en fait la justice : chacun reçoit autant qu’il peut accueillir. En rapportant des talents supplémentaires, les deux premiers serviteurs ont en fait donné d’eux-mêmes, ils sont comme on le dit aujourd’hui avec une formule que je n’aime pas vraiment, « sortis de leur zone de confort ». Certainement en vue du service des autres. En revanche, le troisième serviteur s’est replié sur lui-même, il n’a fait profiter personne non pas tant du talent qu’il a reçu, mais du talent qu’il est en quelque sorte. Ce talent n’a produit aucun fruit ! Et le serviteur s’est condamné lui-même.
Cette lecture de la parabole montre qu’en fait, le maître agit en toute justice. Le verset final se comprend du coup beaucoup mieux : « à celui qui n’a pas on enlèvera ce qu’il a« . Je traduis de manière un peu brutale : à celui qui n’a rien produit, on enlèvera sa vie même.



Un commentaire
Florian MANTIONE
Je retiens surtout de la parabole des talents qu’il faut toujours rendre ce que l’on a reçu. Et la manière de rendre ce don est fonction de sa personnalité, de ses compétences, de sa conception de la vie, de son projet d’entreprise ou, mieux, de son projet de vie.
Chaque serviteur a agit au mieux de ce qu’il pensait être « bien ».