Canada
Littérature

Canada, le chef d’œuvre de Richard Ford

Comment rendre compte de Canada, gros et riche roman (1) d’un auteur reconnu et plusieurs fois primé, Richard Ford ? Le livre, publié en français en 2014 et prix Femina en 2015, m’est venu entre les mains récemment. Il m’a certes donné beaucoup de peine à lire, m’obligeant à multiplier les pauses : histoire douloureuse rapportée dans des chapitres souvent longs, avec une précision extraordinaire de détails et d’observations, qui ne facilitent pas la lecture, mais qu’une grande qualité littéraire vient heureusement fluidifier. Finalement, après avoir fermé ce roman, je suis resté sous le choc, convaincu d’avoir parcouru un chef d’œuvre marquant, dont je sais gré à l’auteur de l’avoir écrit et que j’invite mes lecteurs à parcourir à leur tour.

Le canevas est simple, développé en trois parties. Toutes racontées par Dell Parsons, 63 ans, enseignant canadien d’origine étasunienne. Celui-ci choisit de revenir sur l’événement traumatique qu’il a connu avec sa sœur jumelle, Berner, quand tous deux avaient 15 ans, et sur ses conséquences. L’événement en question est l’arrestation de leurs parents, Bev et Neeva, convaincus d’avoir braqué une banque dans le Dakota du Nord.

La première partie, la plus longue, n’est sans doute pas la plus facile à lire. L’auteur ne nous propose pas un tableau, mais il nous fait pleinement participer à la vie de la famille Parsons avant le braquage. Travail d’orfèvre diront certains critiques, descriptions méticuleuses tant des lieux que des personnes, du rapport qu’elles entretiennent avec leur environnement, de leur psychologie etc. La judaïté de Neeva est scrutée avec profondeur et bienveillance, aussi bien que le côté matamore de Bev, retraité de l’aviation militaire.

Commence la deuxième partie, consacrée aux conséquences de l’emprisonnement des parents. Dell et Berner, laissés seuls et conscients que leur jeune âge va leur valoir d’être rapidement pris en charge par des institutions spécialisées, ce qu’ils refusent, préfèrent la fuite, chacun de son côté. Berner part vers la Californie où elle va mener une vie désordonnée de quasi-clocharde, et il ne sera à nouveau question d’elle que dans la troisième partie. Dell, grâce à l’appui d’une amie de sa mère, passe au Canada, dans le Saskatchewan, où il est accueilli par un personnage trouble, Arthur Remlinger, propriétaire d’un hôtel assez glauque, autant que son passé.

Dell, qui a néanmoins choisi d’accueillir la vie comme elle vient, fait le dos rond et s’efforce de s’insérer et de trouver sa place dans ce monde complètement nouveau pour lui et porteur de multiples dangers. Il y est aidé par un employé d’Arthur, un certain Charley, lui aussi avec un passé chargé, mais finalement bienveillant pour le gamin. Bienveillante aussi sera la compagne d’Arthur, Florence La Blanc, qui permettra à Dell de reprendre, comme il l’avait toujours souhaité, des études au collège de Winnipeg.

La troisième et dernière partie, profondément touchante, relate les dernières rencontres de Dell et de sa sœur Berner, qui a choisi de reprendre le prénom de son père Bev. Elle est malade et en fin de vie. Les deux jumeaux n’ont plus grand chose en commun, et donc à se raconter. Mais ils tiennent toujours l’un à l’autre, même si Dell ne pourra se rendre aux obsèques de sa sœur.

Le passage d’une partie à une autre correspond symboliquement et parfois réellement au franchissement d’une frontière, avec la découverte d’un nouveau monde et l’entrée dans une nouvelle vie.

Vraiment, il m’a semblé difficile de faire plus juste dans l’étude des caractères, des lieux, de l’influence de l’environnement et de l’histoire vécue sur chacun des protagonistes. C’est tout à fait remarquable, et je ne suis pas seul à reconnaître dans Canada un chef d’œuvre de la littérature étasunienne contemporaine.

(1) Disponible sur Amazon ou Momoxshop

N. B. Pour en savoir un peu plus sur Richard Ford et son oeuvre, il est possible de lire un article publié sur le site de France Info :

https://www.franceinfo.fr/culture/livres/roman/quot-canadaquot-le-somptueux-roman-de-richard-ford-couronne-par-le-femina_3319267.html

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