Le sens du jeûne pour un catholique
Il n’est pas rare que l’on me demande au cours de mes périples, et spécialement bien sûr à l’occasion d’un repas, si les catholiques observent des jeûnes. La question est d’autant plus d’actualité que nos frères musulmans, à l’occasion du Ramadan, sont fiers de le pratiquer et d’en marquer la rupture au coucher du soleil par le fameux repas de l’Iftar. Auquel ils inviteront volontiers des personnes non musulmanes.
Le contraste est devenu assez saisissant avec la pratique catholique occidentale. Je dis bien « catholique occidentale » parce que la pratique du jeûne reste je crois largement en vigueur chez les chrétiens de rite orientale. J’ai pourtant connu le temps où, chez les catholiques occidentaux, on ne devait pas avoir mangé de la journée avant toute communion eucharistique. Puis il n’a plus été question que de trois heures, puis d’une. Rares sont aujourd’hui les catholiques qui savent que cette heure a été maintenue et qui la mettent en pratique. Le jeûne n’est plus alors d’actualité, trop souvent de manière symbolique, à l’occasion d’un Mercredi des Cendres ou d’un Vendredi Saint.
A mes yeux, il ne s’agit pas tant de rétablir l’exigence d’un jeûne de telle ou telle durée, mais d’en bien comprendre le sens. Dans un monde où s’accuse la distance entre ceux qui mangent à leur faim, et souvent plus qu’à leur faim, et ceux qui souffrent de mal nutrition voire de famine (comment ne pas penser à la situation des Gazaouis actuellement ?), le jeûne vécu en vérité peut être une manière de manifester sa solidarité avec les derniers nommés.
On me dira que les vrais affamés n’en ont cure, et c’est sans doute vrai. Ce qui ne justifie pas que l’on laisse de côté ces gestes symboliques, qui tiennent d’ailleurs une grande place dans la Bible. Mais le jeûne a surtout pour effet de creuser l’attente et le désir chez celui qui le pratique. Je lis sur le site du diocèse de Nanterre, à l’occasion du Carême, que « le jeûne a pour but de donner faim et soif de Dieu et de sa parole ». Il n’est pas seulement un rappel un peu vague, il ouvre l’appétit pour autre chose que les biens de consommation courante, comme on dit.
La pratique du jeûne est donc devenue plutôt vague chez les catholiques. Dans la ligne de certains textes bibliques, il est vécu comme un temps de prière et de partage, de solidarité avec les pauvres. Nous sommes dans la ligne d’Isaïe 58,6-7 :
« N’est-ce pas plutôt ceci, le jeûne que je préfère : défaire les chaînes injustes, délier les liens du joug; renvoyer libres les opprimés, et briser tous les jougs ? N’est-ce pas partager ton pain avec l’affamé, héberger chez toi les pauvres sans abri, si tu vois un homme nu, le vêtir, ne pas te dérober devant celui qui est ta propre chair ?«
Mais à l’inverse, d’autres, en le pratiquant sur une certaine durée, le remettent au-devant de la scène, et s’en servent comme d’un cri, destiné à éveiller ou réveiller les consciences. Non sans succès souvent, au moins dans les pays occidentaux.
Comme me le disait un frère dominicain aujourd’hui décédé, « dans le domaine biblique et spirituel, la bonne réponse à une question en où… où est souvent et… et ». Le jeûne doit rester d’actualité, et se vivre tout à la fois dans une action personnelle et dans des marques d’attention au prochain.


