Annonciation Botticelli
Théologie

Annonciation, d’un monde à l’autre (Lc 1,26-38)

« Il y a un autre monde ». Si l’on cherche en ligne à qui attribuer cette affirmation, on apprend qu’André Frossard en a fait le titre d’un livre, mais qu’elle serait de Paul Eluard. Personnellement, je la vois présente au début de la Bible, au chapitre 3 du livre de la Genèse, avec l’expulsion d’Adam et Eve hors du Paradis, suite à leur « péché » de convoitise et/ou d’orgueil :

« 22 Le SEIGNEUR Dieu dit : « Voici que l’homme est devenu comme l’un de nous par la connaissance de ce qui est bon ou mauvais. Maintenant, qu’il ne tende pas la main pour prendre aussi de l’arbre de vie, en manger et vivre à jamais ! » 23 Le SEIGNEUR Dieu l’expulsa du jardin d’Eden pour cultiver le sol d’où il avait été pris.
24 Ayant chassé l’homme, il posta les chérubins à l’orient du jardin d’Eden avec la flamme de l’épée foudroyante pour garder le chemin de l’arbre de vie.
« 

Cet autre monde, celui de l’arbre de vie dans lequel l’homme était face à Dieu et pouvait le voir sans mourir, n’est plus immédiatement visible pour l’homme d’après le péché : nous le constatons tous les jours et tout autour de nous. Dieu n’en est pas moins présent, au cœur de ce monde pécheur.

L’expulsion en effet n’a pas marqué la fin de la relation entre Dieu et les hommes, mais une autre manière de la vivre. Selon le titre d’un beau livre d’Abraham Heschel, « Dieu est en quête de l’homme« . Il n’a jamais cessé de l’être depuis le péché d’origine.

Pour le dire autrement, Dieu passe donc sans cesse directement ou indirectement d’un monde, que je vais appeler ciel ou Eden, à un autre, celui que nous les hommes nous habitons. A cet effet, il propose à l’homme de multiples médiations, telles les sacrements, la parole de Dieu, la prière, l’exemple des prophètes et des saints. Ou l’envoi des anges, comme c’est le cas aujourd’hui dans cet évangile de l’Annonciation.

S’il ne le faisait pas, l’homme serait dans l’incapacité de revenir par lui-même à cet Eden d’où il est pourtant originaire. Jésus le dit clairement dans une parabole, celle du riche et du pauvre Lazare (Luc 16,19-31), dont voici un extrait :

« De plus, entre vous (NDLR : le monde terrestre du riche) et nous (NDLR : le monde du ciel, où se trouve Abraham), il a été disposé un grand abîme pour que ceux qui voudraient passer d’ici vers vous ne le puissent pas et que, de là non plus, on ne traverse pas vers nous. Le riche dit : Je te prie alors, père, d’envoyer Lazare dans la maison de mon père » (Luc 16,26-27).

En fait, le verset 27 montre que l’on traverse bien dans un sens comme dans l’autre de « vous » à « nous », mais à condition que l’initiative soit divine et non pas le fruit de la seule volonté humaine.

Elle est divine justement dans notre évangile de l’Annonciation avec l’envoi de l’ange Gabriel à Marie. Qui est beaucoup plus qu’une simple visitation angélique telle qu’on peut en trouver dans la Bible. En effet, l’accueil que lui réserve Marie, son Fiat, ne signe plus un passage ponctuel d’un monde à l’autre, mais permet l’Incarnation de Jésus, autrement dit l’interpénétration des deux mondes.

Par Jésus, avec Jésus et en Jésus, il est à nouveau possible à l’homme de retrouver le jardin d’Eden, de passer d’un monde à l’autre.

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