Aimer et se savoir aimé
Qui n’a jamais chanté ou fredonné l’hymne, Trouver dans ma vie ta présence, une création de Jean-Claude Giannada ? Au fait, s’agit-il d’un hymne, autrement dit poème ou chant païen, ou d’une hymne, création liturgique, chantée dans les églises ? Certes, c’est dans cet esprit que le proposait sans doute Giannada et qu’on l’entend le plus souvent, mais il est remarquable que les non-chrétiens, faisant référence à leurs bien-aimé(e)s, peuvent tout aussi bien l’adopter. Manifestant qu’il n’y a qu’un amour.
Le dernier verset du refrain, entendu dans une optique chrétienne, devrait nous interroger : « Aimer et se savoir aimé« .
« Aimer », Dieu et son prochain, chacun sait qu’il s’agit là d’une invitation adressée aux hommes et que ceux-ci ont bien du mal à mettre en œuvre. Dans la ligne de la tradition juive la plus ancienne attestée dans le livre du livre du Lévitique (19,18), Jésus ne cesse pourtant de reprendre dans les évangiles cette invitation à aimer : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit : voilà le plus grand et le premier commandement. Le second lui est semblable : tu aimeras ton prochain comme toi-même. A ces deux commandements se rattache toute la Loi, ainsi que les Prophètes. » (Matthieu 22,37-40). Tout simplement parce que l’amour en question, agapê en grec, est un écho de la vie trinitaire dans laquelle chacun, Père, Fils et Saint-Esprit, n’est qu’amour partagé. D’ailleurs, à ce degré d’incandescence dans la Trinité, peut-il être autre chose que partagé ?
Mais si aimer est difficile pour l’homme, que penser de « se savoir aimé », autrement dit de reconnaître et accueillir un amour que l’on ne maîtrise pas ? Il ne s’agit pas seulement de vivre cet amour humain dont l’homme se croit seul maître, mais de recevoir cet amour « venu d’ailleurs ». De plus loin ou plus haut que lui, de cet amour que Dieu Trinité porte à l’homme et qu’il lui partage comme il vient d’être dit. Que de réticences, que d’écarts, que de refus, comme s’il s’agissait d’un poids trop lourd à porter, voire même d’un empêchement à vivre, et à bien vivre selon nos règles propres. Ainsi, d’une libération, on fait une entrave !
Alors même que Jésus l’affirme, sans parler il est vrai explicitement de l’amour : « Mon joug est facile à porter et mon fardeau léger » (Matthieu 11,30). L’amour a toujours un poids : de joies, mais aussi d’incompréhension, de peines, de souffrances. Celui qu’insuffle dans nos âmes l’amour divin nous propose un poids paradoxal, léger comme une brise, celui du pur amour qui vient en allègement de notre vie et que Jésus porte avec nous et pour nous !


